Depuis quelques années, TF1 sévit dans l'art de nous offrir sans complexe une émission qui ramasse tous les fonds de cuvettes des bleds franchouillards à sonorité patoisante: Confessions Intimes. Le rituel a lieu le lundi, en seconde partie de soirée. J'ai peine à croire que les téléspectateurs, même hydrocéphales, ne puissent voir dans ce débalage un nécessaire second degré. Tapez "Confessions Intimes" dans Dailymotion, cliquez sur n'importe quelle video de l'émission, et observez les commentaires des internautes: le champ sémantique de la nullité connote la majorité des propos. C'est donc que, bêtes ou intelligents, nous nous rendons bien compte qu'il s'agit d'une fondrière à idioties payées par la pub.
Rendons notre cerveau, rien que cinq minutes, disponible à autre chose et considérons que Confessions Intimes, au-delà même du fort pouvoir hypnotique qu'exerce sa tendance au voyeurisme, devient un catalogue de beaufs, capable de nous fournir suffisamment d'éléments pour dresser les caractéristiques du beauf type: l'archibeauf, l'ultrabeauf, bref, Zeux côte de beauf saignante à souhait.
Je me suis donc farci une brochette de reportages non pour analyser la manière dont ils sont fabriqués, c'est à dire toujours sur le même modèle (conflit - résolution, avec psychologue télévisuel et voix off aux propos dignes d'un documentaire animalier), mais plutôt pour saisir cet être un peu en deçà de nous, un peu au dehors de notre conception de l'humain, là où la société commencerait à s'inquiéter s'il ne s'agissait de télévision: la bestiole française filmée par TF1.
En voici, à mon sens les traits sémiques fondamentaux:
- Une éthique de la spontanéité caractérisée par un effondrement de la langue (appuis du discours, moments de silences répétés, hurlement réitérés, modestie du vocabulaire et carence des constructions syntaxiques).
- Une effusion affective qui empêche toute forme de communication logique et de distance critique. Ceci entraîne chez le beauf un appétit pour le reproche adressé à son entourage afin de justifier vainement son comportement.
- Une pauvreté dans le mobilier et la tenue vestimentaire.
- Un idéal de vie entartré par la faiblesse des préoccupations présentes.
- Un enfermement dans des situations névrotiques qui empêche toute forme d'évolution des problèmes.
Pour l'imagerie du beauf, Google nous en fournit une iconographie copieuse en tapant "beauf" dans le moteur de recherche d'images.
On pourrait en rajouter des tonnes. Dans Confessions Intimes, Le seul moment où une issue semble se dessiner, c'est celui où le psy de service intervient et permet à l'aliéné de voir sur écran sa propre monstruosité en miroir, puisque le beauf est invité à analyser son attitude en visionnant un extrait d'anthologie du reportage diffusé.
Allez, j'arrête et vous dis que je regarde par curiosité, fatigue et effarement: cet horde primitive mange, dort, consomme et surtout vote. Accordons lui le droit de faire appel aux caméras de TF1 puisqu'elle n'a sans doute pas les moyens intellectuels et financiers de s'offrir son propre psy pour résoudre ses tares dans l'intimité d'un cabinet géré par un charlatan freudien.
Etant grand seigneur, je vous propose un reportage un peu relevé (relativisez tout de même) et représentatif, la jalousie constituant le fond de commerce de l'émission :
Je suis sûre que tu m'as trompée!
Rincez vous l'oeil!

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