L'espace politique s'est-il transformé en zone de consommation? L'électeur est-il devenu un consommateur et le politique, un produit? La réponse éclate comme un pétard mouillé, surprend autant que le secret de polichinelle: oui. Ceci pour plusieurs raisons évidentes: la prolifération des blogs consacrés à la présidentielle est censée marquer internet du sceau du débat démocratique; seulement, nous l'avons déjà dit dans un précédent article, l'espace même du blog est davantage connoté par la consommation que par la citoyenneté. Par conséquent, il semble évident que les boîtes à idées de l'UMP et les contributions des militants socialistes ne soient là que pour renforcer le packaging des candidats, lui donner un semblant de poids, alors qu'il n'est au départ qu'un coquille creuse, "à vendre".
Cet aspect est confirmé par une tendance marketing nouvelle. Certaines marques surfent sur la vague présidentielle pour redorer le blason de leur produit. C'est le cas pour Marcel (http://jelaurai.maaf.fr), éphigie de la MAAF avec ses spots pubs courts qui ne nous ont pas échappé: "Je l'aurai, un jour, je l'aurai". L'assureur ne s'est pas arrêté là et propose un site web avec arguments de campagne, parodies de photos journalistiques, sondages pastichés. Ces arguments ne sont en fait que les avantages des produits proposés par la MAAF. En choisissant de développer la communication autour des présidentielles, la MAAF confère à ses produits un aspect quasi institutionnel, ce qui les rend extrêmement sérieux et dignes d'intérêt pour le consommateur tout en étant drôles. Le coup de maître tient surtout au fait que Marcel ne ressemble à aucun candidat, ce qui d'une part rend les produits de la MAAF nécessairement uniques et permet d'autrer part de ne fâcher personne sur l'échiquier politique.
Une stratégie fine et ultra travaillée en même temps que dépassée par son propre humour: Marcel, candidat de la MAAF, nous rappelle combien le politique a perdu de vue le principe fondamental de la citoyenneté en se fourvoyant dans l'instrumentation publicitaire pour s'arroger les bonnes grâces du peuple. On peut aussi voir les choses autrement: la MAAF ne s'habille-t-elle pas d'un humanisme citoyen en absorbant goulûment la dynamique politique afin de donner du "sens" à sa marque? Elle gagnerait ainsi en crédibilité selon une dynamique de récupération de la revendication citoyenne.
C'est amusant, et dangereux à mes yeux. On estompe les lignes de partage entre démocratie et consommation, et la marque grignote un peu plus de notre espace public sous couvert d'amusement afin de vampiriser un sujet de taille: quel avenir souhaitons-nous pour notre pays, alors que des millions de nos compatriotes sont plongés dans la misère et la précarité? Il nous fallait bien un assureur pour répondre à cette question en la détournant.


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