Il existe sur Facebook un groupe dont j'ai oublié le nom à force de boire, mais qui en gros est là pour rappeler qu'il n'est pas si terrible de vivre en Moselle. Au contraire! Ne sachant comment me rendre actif pour promouvoir l'image de la Moselle sur internet (tâche ô combien hasardeuse sur le plan de la recherche rhétorique! - j'ai encore merdé sur la place du "h"), j'ai donc décidé de me lancer, étant moi-même mosellan par mon trotskyste de père, dans l'écriture si naïve d'un poème en prose qui n'a pas de titre: je n'ai aucun qualificatif à donner à un amas de métaphores censées représenter un petit pays de lierre et de passé souffrant, enclavé dans mon coeur, comme l'Erythrée dans une Afrique dense. Je dédie ce poème (un peu merdique et qui m'aurait plu si j'avais encore été un connard d'étudiant) à mon cousin, Greg le Rouge, qui se reconnaîtra et saura dicerner dans la ferveur désabusée de ces lignes, tout l'amour amer qui me reste en bouche lorsque je pense aux soirs de carnavals auquels je ne puis participer: il n'y a qu'en Moselle où existent encore des jours si fériés que personne n'y croient plus. Pendant ce temps, les autres, qui ne connaissent pas la jouissance que procure le régime concordataire résistant à la laïcité, travaillent plus, un point c'est tout.
Ne pas connaître la Moselle.
Comme rassemblés en une foule médusée les rares poiriers séparés qu’un désir vainement rapproche, le ciel par-dessus se dessine en des saisons marquantes.
Tout est passé, le sommet des douleurs, la tristesse des enluminures confites à l’aube des fêtes le rappelle.
Dans la lourdeur d’un accent - le voisin absenté du champ - c’est la volatilité des charmes qui se perd et se défait dans la fidélité, la promesse elle aussi lourde, l'amitié fermemnt serrée entre les dents, et reste la foi rythmant les jours auprès de l’âtre en digérant, de famille, le coude à coude d’un glas par mille fois sonné.
Ne pas défaire la Moselle.
Tout est en dedans, propulsé dans l’apparente grisaille d’une maison d’où sentent déjà le trop propre et la générosité de toutes les veilles.
Prière pour ne pas déranger : toutes les places sont offertes aux vagabonds.
Toujours une montagne trônant dans les congélateurs et frappe le moindre caillou contre un quelconque morceau, tu y verras couler la poudre de mine.
Tout est cambouis, les fins de journées ne t’éloignent d’aucun matin, l’aube est à la fatigue comme le coucher à contre-flots de toute une vie, sauf au cercueil.
La Moselle pas de vague.
La mer est inventive, c’est elle qui par toutes ses écumes a imaginé un pays violé par des fers, des trous eux-mêmes pouvant fouiller tous les cœurs séchés d’autres soldats. Le continent s’y voudrait humide, mais rien ne l’y prépare : la pluie n’est remarquée que lorsque les caves s’inondent.
Recommencer les travaux, puis ralentir.
Rêver à d’autres papiers peints, de nouvelles granges exhalant des senteurs énormes de sauces à peine terminées dans des plats.
Rêver les enfants, les magies du Noël, et toutes les magies aussi, des enfants, qui font tourner le cœur des vieillesses sans relâche de cadeaux.
Pour les enfants les travaux aussi, pour plus tard, aider, donner, recevoir, pour plus d’avenir pour les enfants.
Accélère, tape du poing sur la table, dans tes yeux de Moselle, Mosellane, j’ai gardé trois sapins en mémoire collés là, celui pour la révolte ancienne à l’idée de ce que tu subis les jours de guerre, l’autre pour seulement tous tes accueils inchangés que j’aime tant, mais le dernier n’a pas encore poussé pour ceux qui t’inventeront d’autres désirs.
Et de Moselle frappé.
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