32 ans, l'occasion pour moi de devancer les pirates qui souhaiteraient reconstituer ma vie à partir des fragments éparpillés sur Facebook. Je n'aime pas les biographies, car, comme disent les profs de fac de Lettres (de gauche): la vie de l'homme disparaît derrière le travail d'écriture. Pourtant, une question m'a été posée: MasterKlaus, qui êtes vous? Que cache votre pseudonyme? Avant d'avoir mes lignes de noblesse au sein du supermarché de la culture (Wikipedia), je laisse une empreinte biographique sur ce blog, non pour la postérité dont je me fous, mais parce que cela me permet de redonner une cohérence au merdier qu'est mon existence. Pour des raisons de confidentialité, je m'apellerai ici Nicolas Mourer.
Nicolas Mourer est né le 30 Juin 1977 dans le quartier chinois de Paris à 7h50, heure locale. Elevé dans une banlieue modeste de Seine Saint-Denis (c'est à dire pourrie), il vit une enfance heureuse à l'ombre d'une mère secrétaire dans un bureau issue d'une famille de la petite bourgeoisie provinoise et d'un père élevé dans la paysannerie catholique lorraine "encore marquée par les vestiges de la guerre" (l'expression est de Frédéric Mitterrand). Fils unique sans souci majeur, il parle avant de marcher et fait chier tout le monde. Très tôt, il souhaite devenir présentateur du JT ou animateur télé, après avoir hésité entre conducteur de manège et réveilleur de morts comme Michael. Il se met à la flûte traversière, instrument de pédé et qui lui est rendu difficile à la pratique car il porte un appareil dentaire dont il se rendra compte qu'il n'en avait pas besoin car son dentiste était un charlatan. Sa scolarité en primaire se passe sans encombre: il s'intéresse très jeune à des poètes sans intérêt (Prévert) et commence à se plonger dans une littérature plus sombre sous l'influence de son père, éducateur spécialisé versé dans l'anarchisme et les jeunes à problèmes et qui passe son temps libre à peindre des trucs glauques invendables. Sade, Kafka, Michaux, Ferré deviennent rapidement des références esthétiques qui le marqueront à jamais (il reste un peu de temps quand même avant l'éternité).
Seulement, le mercredi, son père dort jusqu'à midi. Pour son beau-père (le père de ma mère, en fait), cette attitude de gauchiste est intolérable. Pépé Claude décide donc de reprendre les choses en main et Nicolas déjeûne désormais tous les mercredis midi avec ses grand-parents maternels. Nationaliste convaincu, admirateur sans borne de Céline, Pépé Claude prodigue à son petit-fils une éducation alternative à celle de son père afin de ne pas laisser aller "les choses". Il l'emmène dans les musées à vocation scientifique, lui fait découvrir les joies du dessin industriel. Bien que Nicolas voue un amour incosidéré pour son grand-père, sa décision est prise depuis longtemps: il fera des études de Lettres, comme tout bon suicidaire qui ne passe jamais à l'acte. Pour Pépé Claude, c'est un drame que de délaisser une carrière scientifique. Mais Nicolas s'est découvert deux passions dévorantes dès l'âge de 13 ans: la masturbation et le théâtre. Il se lance alors dans un club merdique de MJC de banlieue afin de vaincre sa timidité (Nicolas sort peu), tout en se branlant régulièrement en regardant le plafond comme Cioran (les effets seront bien plus intéressants lorsqu'il fumera du shit). Mais à cette période, un drame survient: son père lui apprend qu'il n'a jamais aimé sa belle-famille (classique!) et que ce sont des racistes. Pour Nicolas, l'image de Pépé Claude tend à se fissurer; l'image du père devient elle aussi susceptible de faiblesse et Nicolas se trouve, dès l'âge de 18 ans, tiraillé entre deux discours anxiogènes: "ton père est un con" / "ton grand-père est un con". A cette faille affective binaire se rajoutent les séances de masturbation dont la dynamique fantasmatique se révèle troublante: Nicolas n'a pas une sexualité normale. Il ne se prononcera que très peu sur le sujet, jusqu'à même brouiller les pistes auprès de ses amis les plus proches.
L'ensemble de ces facteurs conduisent Nicolas à effectuer une tentative de suicide dès l'âge de vingt ans pour faire chier le monde (décidément!): il vide une bouteille de Jack Daniel's accompagné de son assortiment de valium. C'est la période de la fac. Nicolas s'en sort grâce à une psychothérapie analytique qui lui bouffe un max de blé, avale des médicaments pour calmer ses angoisses et tombe amoureux d'une jeune lesbienne androgyne. Le coup de foudre est réciproque, et ils vivront une histoire torride malgré les aléas qu'impose une relation entre un bisexuel (merde, je l'ai dit!) et une gouine. 8 ans plus tard, c'est la rupture (prévisible). Elle préfère les filles (Nicolas aurait pu s'en douter!).
Après trois ans de désert affectif, une période inutile à l'Education Nationale en tant que garde-chiourmes, un passage en tant que demandeur d'emploi non indémnisé, des coups de fils vers des numéros surtaxés pour baiser avec des mecs, Nicolas devient éboueur à gare du Nord et distributeur de flyers pour Disneyland tout en enchaînant des plans cul tout sauf épanouissants. Le théâtre seul sera salvateur!
Il aura néanmoins trouvé, après avoir résolu ses contradictions, refuge auprès de militants libertaires dont il se sent proche tout en restant un électron libre. Il se lance dans le théâtre anarchiste et l'une de ses gloires sera de participer au Festival International du Théâtre anarchiste de Montréal.
Cependant, ses sympathies à l'égard de l'humoriste Dieudonné (ça c'est pour foutre un peu de scandale) lui valent quelques diatribes de la part des gens normaux qui acceptent le système et qui connaissent son adresse postale. Il aurait d'ailleurs reçu, dans sa boîte aux lettres, une carte anonyme représentant un Wok sur laquelle il y aurait marqué: "Tu n'es qu'une crotte de nez dans un océan de merde et je te crache à la gueule." Souhaitant ne pas attiser les haines, il est resté silencieux quant à ces menaces.
Aujourd'hui, il anime de temps à autres des émissions contre-culturelles sur Radio Libertaire, est formateur pour l'administration pénitentiaire et des boîtes privées bourrées de fric, bloggueur anticonsensuel, comédien exceptionnel mais se produisant dans des salles pour gros nazes, fan de Mylène Farmer et Isabelle Huppert, il rêve d'animer un talk show à la télévision ou une quelconque daube sur une chaîne câblée.
MasterKlaus souhaite à Nicolas Mourer une vie intense, dense et que ses rêves se réalisent, mais que les lignes de ce blog ne le fassent pas choir dans un narcissisme stérile.
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