Y a-t-il un personnage dans la peinture de Nelly Trumel? Venez voir, les fruits, les légumes et ils vous répondront. Ils n'en sont pas vraiment, et ils en sont quand même. Ils cherchent à vous attirer, à vous glisser entre leur jus et leur épluchure sur la couche supérieure de ce qui chez nous s'appelle l'épiderme. C'est épidermique la peinture de Nelly Trumel non? C'est une certaine rébellion qui prend sa source entre la pulpe (qu'elle est désirable!) et l'écorce, légèrement en-deçà des grilles conventionnelles de surface, sous les caractères spéciaux des grains de peaux. Rugueux, oui, parfois, sans doute, et alors? Souhaitiez vous en rester au niveau calme et superflu des apparences? Et pourquoi s'affoler: pas de mucus, de bave ou de coulée. Le jardin de Nelly est juteux mais ne déborde pas. Je dis "juteux", vous pensiez à l'argent? Décidément, vous êtes si mercantile!... Non, je vous demande comment la chair est gainée dans la pelure, enserrée comme si elle souffrait d'une surcharge pondérale, comme si elle aspirait à se défaire de sa propre étreinte. Un exemple: regardez ce qui sort de la patate, oui, là, le germe, il y a comme un refus de la rétractation, une pulsation tentaculaire, une poussée excessive, une excroissance obligée. Mais, mon chou, c'est la pulsion même de tous les éléments du potager et tu ne le savais pas! Ce n'est ni mou, ni gluant, c'est un mouvement, un tropisme de goules. C'est pour cela qu'elle refuse le plagiat des mortes natures immobiles: Nelly se moque des corbeilles posées sur des tables de salle à manger. Va chez Nelly, il n'y a pas de table de salle à manger. Tu manges sa peinture sur des traiteaux tu comprends, c'est pour cela qu'il faut aller chez elle, pour saisir le mouvement. Chaque instant passé avec Nelly est un atome prêt à être croqué. Alors craque.
en ligne: LA GALERIE DE NELLY TRUMEL, un jardin d'Eden
également disponible:
Le Jardin d'Eden de Nelly Trumel, édition Souffles d'Elles
un portfolio pubié sous la direction de Marie-Jo Bonnet.